Kribi : le raz-de-marée des motos-taxis
Kribi : le raz-de-marée des motos-taxis
Les benskineurs ont envahis la cité balnéaire, au point où d’aucuns disent que sans eux, la ville irait à pied. Mais depuis quelques années, le problème de la formation de ces conducteurs pose problème et engendre de nombreux cas d’accidents de la circulation.
A Kribi, la suprématie des motos taxis est établie. Les deux roues sont devenus depuis quelques années les rois de la route au détriment des taxis qui eux, sont rares. La ville est pourtant parcourue par des routes bitumées bien entretenues. Une situation paradoxale qui laisse les visiteurs et nombreux touristes de la cité balnéaire perplexes. Les autochtones, eux, ont la clé du mystère : « Les taxis ont perdu de leur crédibilité. Il y a eu une recrudescence des cas d’agressions et d’arnaques dans les taxis ces derniers temps. Il s’est avéré que les chauffeurs étaient de mèche avec les malfrats. De même, les trajets en taxi coûtent chers. Pour tout trajet, il faut payer au moins 200Fcfa », révèle Stéphanie, élève en classe de terminale.
Aujourd’hui, l’on dénombre à peine une dizaine de taxis dans la ville, à en croire Valentin Banya, taximan. Leur activité, plombée par la trop forte concurrence des engins à deux roues, les amène à envisager sérieusement de laisser tomber le métier. « Nous ne comprenons pas pourquoi cela nous arrive. Les gens ont pris l’habitude de prendre les motos, sans doute parce qu’elles les conduisent jusqu’aux confins des quartiers. Nous ne pouvons pas faire comme eux. Et nos recettes sont si basses que nous voulons garer nos véhicules. D’ailleurs, plusieurs d’entre nous ont déjà repeint leurs taxis pour relier Kribi et d’autres villes environnantes », se lamente Valentin.
En effet, les motos, plus pratiques, séduisent les populations. « Elles sont nombreuses et pour juste 100 Fcfa, nous conduisent rapidement jusque dans de petits villages reculés. Je me demande même souvent s’ils trouvent leur compte en travaillant de la sorte », s’exclame Rostand, vendeur de chaussures. Le nombre de motos a augmenté de façon exponentielle à Kribi ces derniers mois. Edmond Gustave Mbo Essam président départemental du syndicat national de motos des propriétaires et conducteurs de moto (SYNAMOTAC), parle de plus de 1500 benskineurs. Mais la plupart d’entre ces conducteurs ignorent les règles de conduite. Et leur nombre ne facilite pas les efforts de leur syndicat pour les former. « Ils ne veulent pas se mettre en règle. Ils sont réticents à suivre les cours à l’auto école et ne veulent pas non plus payer les impôts », fulmine Edmond Gustave Mbo Essam.
Hecatombe sur les routes
Les conséquences de cet entêtement des motos-taxis s’évaluent en termes d’accidents, observés au quotidien sur les belles routes de Kribi. Les chiffres sont ahurissants pour cette petite ville. Deux fois en moyenne par jour, des victimes d’accidents de motos arrivent à l’ hôpital de district de Kribi, selon Daniel Nzié Nzié, infirmier. Il ajoute que ce taux augmente lors des événements dans la ville, chef lieu du département de l’Océan. A l’hôpital militaire, Hassan Fifen, infirmier et 1er maître de la marine nationale révèle qu’au moins 4 fois par semaine, les accidentés de motos sont conduits aux urgences. Certains accusent les autorités d’être responsables de cette calamité par leur laxisme. Pour Jacques Louis Mazo, délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Kribi, il n’en est rien : « Le préfet a convoqué dernièrement tous les motos-taximen de la ville et leur a dit ce qu’ils doivent faire pour se conformer. Mais ils s’entêtent. Quant à moi, j’ai été installé il y a cinq mois à peine. En si peu de temps, je ne puis faire un miracle ! Avec le temps, je vais amener les uns et les autres à se conformer à la réglementation sans pour autant les matraquer. La voie privilégiée sera le dialogue et les approches participatives. Tout le monde va adhérer sans éclats», prévient-il. Une issue qui permettrait non seulement d’améliorer la sécurité des usagers de la route, mais aussi d’augmenter les recettes dans les caisses de la ville. Car, à l’heure actuelle, l’anticonformisme des motos taxis a un impact notoire sur l’économie de la ville. « Le nombre motos est exponentiel ! Les benskineurs ont quadrillé la ville au point d’empêcher aux taximen de travailler. Mais ils ne paient ni l’impôt libératoire, ni les vignettes, n’arborent pas de chasubles et ne possèdent pas des pièces de leurs engins. Tout ceci a une incidence sur les recettes et par conséquent sur l’économie de la ville », ajoute Jacques Louis Mazo.
De leur côté, les benskineurs dénoncent la corruption des agents de contrôle. «Que tes pièces soient conformes ou non, ils exigent invariablement à notre passage 500 Fcfa », fulmine Isaac, Benskineur. C’est ce phénomène qui a son avis, a découragé même les moins anticonformistes des conducteurs de motos-taxis. Tous s’interrogent sur cette formation qui leur coûterait de l’argent sans leur permettre de circuler en paix. C’est ainsi que beaucoup d’entre ceux qui se sont formés n’ont pas daigné retirer leur permis de conduire dans la principale auto école de la ville. De ce fait, plus de 95% des benskineurs circulent sans permis de conduire, selon Edmond Gustave Mbo Essam. Et aujourd’hui, le constat est clair. Les benskineurs, venus délivrer la population des agressions perpétrés dans les taxis il y a quelques années sont devenus encombrants, voire dangereux. Leur nombre ne cesse de croître sur les routes fièrement goudronnées, au milieu des hôtels et autres chantiers prometteurs de la ville. Au bord de l’océan, d’autres projets prospères sont en cours de réalisations. Mais sur terre, les motos-taxis continuent de régner en maîtres.
-a) Des motos taxis sur les routes de Kribi : en maîtres absolus!
-b) Marché de Kribi : un accident est vite arrivé.
-c) Les motos, un moyen de transport très pratique.